Fermé jusqu'à la réouverture

CYRANO :
Je crois qu'elle regarde...
Qu'elle ose regarder mon nez, cette Camarde
Il lève son épée
Que dites-vous ?... C'est inutile ?... Je le sais !
Mais on ne se bat pas dans l'espoir du succès !
Non ! non ! c'est bien plus beau lorsque c'est inutile !
— Qu'est-ce que c'est tous ceux-là ? — Vous êtes mille ?
Ah ! je vous reconnais, tous mes vieux ennemis !
Le Mensonge ?
Il frappe de son épée le vide
Tiens, tiens ! — Ha ! ha ! les Compromis !
Les Préjugés, les Lâchetés !...
Il frappe
Que je pactise ?
Jamais, jamais ! — Ah ! te voilà, toi, la Sottise !
— Je sais bien qu'à la fin vous me mettrez à bas ;
N'importe : je me bats ! je me bats ! je me bats !
Il fait des moulinets immenses et s'arrête haletant
Oui, vous m'arrachez tout, le laurier et la rose !
Arrachez ! Il y a malgré vous quelque chose
Que j'emporte, et ce soir, quand j'entrerai chez Dieu,
Mon salut balaiera largement le seuil bleu,
Quelque chose que sans un pli, sans une tache,
J'emporte malgré vous,
Il s'élance l'épée haute
et c'est...
L'épée s'échappe de ses mains, il chancelle, tombe dans les bras de Le Bret et de Ragueneau.

ROXANE se penchant sur lui et lui baisant le front :
C'est ?...

CYRANO rouvre les yeux, la reconnaît et dit en souriant :
Mon panache.

Edmond Rostand, extrait de Cyrano de Bergerac.